Grands et petits patrimoines
Achevé en 1682, le Canal du Midi est l'œuvre majeure de Pierre-Paul Riquet ; il relie la Garonne - et donc l'Atlantique - à la Méditerranée, ce qui lui vaut son surnom de canal des Deux Mers. Il est désormais classé au patrimoine mondial par l'Unesco. De nombreux ouvrages d'art rythment son parcours : à Quarante, c'est un aqueduc (conçu par Vauban) qui permet ainsi à la rivière de franchir le canal. Avec ses tunnels, retenues, canalets d'alimentation, ponts-canaux et bien sûr ses écluses (au nombre de 63 !), le Canal du Midi est une extraordinaire machinerie du XVIIe siècle. Pendant près de deux siècles, il sera un formidable atout économique pour le sud de la France, et ses quais encombrés de barriques et de marchandises connaissent alors une intense activité. Aujourd'hui, les derniers pinardiers ont définitivement fait place au tourisme fluvial, et le canal se découvre une nouvelle sérénité… Entre Béziers et Carcassonne, il serpente et marque la limite sud du Pays Haut-Languedoc et Vignobles, de Poilhes à Olonzac ; ses chemins de halage constituent aujourd'hui de magnifiques cheminements verts, à l'ombre de platanes centenaires.
Le massif montagneux du Caroux, est, avec la Montagne Noire, le contrefort le plus méridional du Massif Central ; dominant la confluence de l'Orb et du Jaur, il constitue le paysage emblématique du Haut Languedoc. De Sète à Port-Vendres, sa silhouette massive rassure le navigateur qui croit y voir la silhouette d'une "femme allongée", probablement celle de la déesse Cebenna, fille des Titans, qui se serait réfugiée dans ces montagnes pour noyer son chagrin… Soulignée par des aiguilles sculptées qui jouent avec la lumière, la crête dessinée par les Monts de l'Espinouse (1124 m) et du Somail (1035 m) marque le partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée. Cette double influence climatique explique l'extraordinaire diversité de la faune et de la flore dans cette partie du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. On y croise ainsi chevreuils, sangliers et même des mouflons, une espèce réintroduite dans les années cinquante. Très prisé des randonneurs pour ses espaces naturels et ses hameaux préservés, le Caroux (1091 m) est aussi devenu un haut lieu de l'escalade, grâce aux célèbres gorges d'Héric, de Colombières et de Madale.
Olargues
Dans la vallée du Jaur, entre vergers et châtaigneraies, au coeur du Parc naturel régional du Haut-Languedoc, Olargues, fait face aux monts du Caroux et de l'Espinouse. Au pied de la tour-clocher du castrum, les maisons s'étagent harmonieusement à flanc de montagne ; en contrebas, le Pont du Diable enjambe la rivière d'un simple dos d'âne, un ouvrage magnifique qui date du XIIe siècle et l’une des plus grandes arches romanes du sud de la France. Une architecture parfaite… à l'image de ce village classé parmi les Plus Beaux Villages de France. Ce bourg féodal connaît son apogée au XIIIe siècle : deux portes subsistent encore de l'ancienne enceinte fortifiée, qui en comptait alors huit ; des ruelles pavées grimpent jusqu'aux ruines du château et recèlent de superbes témoignages architecturaux, dont l'escalier de la Commanderie, ancienne maison des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Minerve
La cité cathare semble surgir du causse comme une fabuleuse île minérale, ceinturée par les profondes gorges de la Cesse et du Brian et dominée par la silhouette de la Candela, vestige de l'ancien château… Apparemment inexpugnable, la "citadelle hérétique" dut pourtant capituler en 1210 devant les croisés menés par Simon de Montfort.
Symbole de partage, le four à pain communal ou four banal, rythmait la vie quotidienne d'une communauté villageoise. Bordé de bancs, c'était aussi un lieu de convivialité, à l'instar du lavoir, et les cendres recueillies servaient ensuite pour la lessive. Dans le haut pays, chaque famille possédait son sécadou : une petite construction en pierre à l'étage surbaissé où les châtaignes étaient mises à sécher sur un plancher à claire-voie ; sous celui-ci, on entretenait un feu sans flamme. On rencontre encore, à l'écart des maisons, les vestiges de fours à chaux ; utilisée comme liant, la chaux servait également à amender les sols trop acides, et tous les villages du Biterrois en possédaient un. Adossés à une pente et doublés d'argile à l'intérieur, ces fours étaient alimentés en petites pierres calcaires par le haut ; le feu brûlait pendant une semaine, entretenu jour et nuit. La chaux vive ainsi obtenue était ensuite "éteinte". Plus rarement, le promeneur peut découvrir en forêt, sur un versant ombragé, une ancienne glacière, ou encore une charbonnière : le charbonnier devait vivre dans sa cabane à côté de sa meule fumante où s'élaborait lentement le charbon de bois obtenu à partir de chêne vert ou de hêtre.
Les pigeonniers étaient autrefois construits en bois, même s’il reste aujourd’hui peu de vestiges de cette époque ; posséder un pigeonnier est alors un privilège, et il faudra attendre la Révolution pour que cette pratique se démocratise. Respecté pour ses capacités à jouer les messagers, le pigeon est alors apprécié pour sa chair tendre. Sa propension à s’installer en famille sur les monuments historiques lui vaut aujourd’hui mauvaise réputation.
À Faugères, les “trois moulins”, dont un parfaitement réhabilité, sont devenus le symbole du village et de tout un terroir viticole. Autrefois très nombreux, il reste heureusement quelques exemples très bien restaurés de ces moulins à vent, comme à Félines-Minervois, sur la bien nommée colline "des treize vents", ou encore à Saint-Chinian ; dans ce village, le canal de l'Abbé alimentait alors de son eau motrice de nombreux moulins à blé ensuite à soufre et enfin des manufactures. Plus récentes, les éoliennes de pompage étaient également surnommées "moteurs à vent" : avec son escalier ciselé qui s'enroule autour d'une colonne de fonte et grimpe jusqu'à la turbine, celle du domaine de Roueïre, à Quarante, mérite largement le détour.
Moulins et turbines
En 1838, on recensait plus d'une centaine de moulins à eau sur le Jaur ! Certains sont parfaitement conservés, comme celui de Brousson à La Tour-sur-Orb qui fonctionnera jusqu'en 1953, le moulin de Prades à Tarassac, au confluent de l'Orb et du Jaur, ou encore le moulin à blé de Roquebrun qui accueille désormais des expositions ; certains ont même été réhabilités en habitation ou en atelier à Avène, Dio, Joncels... Le Haut Languedoc constitue un véritable “château d'eau” pour la plaine languedocienne, ce qui explique que de nombreuses rivières aient fait l'objet d'aménagements : barrages d'Avène, de Vésoles....
Lieux de rencontre, fontaines, lavoirs et abreuvoirs jouaient un rôle important dans la sociabilité villageoise ; ce sont aujourd'hui autant d'éléments de patrimoine, comme ces ingénieux béals - un réseau de canalets - qui irriguent toujours les prairies et ces potagers, les horts, souvent disposés à l'écart du village, proches de la rivière. La tane, sorte de cuvette creusée dans le sol, fait aussi partie intégrante du système d’irrigation des jardins potagers. La plupart des maisons possédaient alors un puits, voire une citerne, généralement aménagée sous l'habitation ou parfois à l'extérieur. On peut même observer des puits à balancier : la pousaranca (mot occitan de puits à balancier) : un système très ancien que l'on retrouve fréquemment en Afrique du Nord. On rencontre également la noria ainsi que l'asagadouïre, un système aussi ingénieux que pittoresque qui permet de "pelleter" l'eau à partir d’une tane ou d’un béal. Dans les pâtures, les pesquiers retiennent dans leur bassin l'eau pour l'irrigation ou servent d'abreuvoir ; quant à la pansière, c'est un petit barrage aménagé, maçonné ou non, sur un ruisseau. Exposées au nord ou en plein vent, des constructions circulaires en pierre servaient à stocker la neige ou la glace tassée que l'on découpait l’été venu en pains de glace ; une de ces glacières est encore visible à Cessenon sur Orb.
Le Minervois possède un patrimoine très riche en monuments mégalithes. Avec ses 24 mètres de long, le dolmen des Fades, près de Siran, est l’un des plus remarquables de France. Citons également le dolmen de Lauriole, ou celui de la Cigalière. La vallée de la Cesse, en amont de Minerve, est un site néolithique très connu, comme en témoignent ces "allées couvertes" - ou dolmens des Lacs - conçues il y a
des milliers d'années. Ici ou là, le promeneur curieux saura déceler une dalle plate ou une pierre dressée, comme autant de signaux immémoriaux…
Dans le Somail et l'Espinouse, d'étranges statues-menhirs gravées ont été découvertes : véritables “déesses muettes”, ces visages sans bouche ni oreilles, érigées il y a plus de 4000 ans, demeurent encore aujourd'hui un mystère. À la fois massives et délicates, ces œuvres émouvantes sont exposées au musée de la préhistoire de Saint-Pons-de-Thomières.
Bâties au début du XXe siècle mais surtout dans les années trente, les coopératives viticoles marquent l'entrée de nombreux villages ; ces bâtiments souvent imposants, à la fois témoins de l'histoire sociale du Midi et représentatifs d'une architecture industrielle contemporaine, constituent aujourd'hui un patrimoine précieux.
Situé en bordure de vigne, à l'ombre d'un pin ou d'un arbre fruitier, c'est une petite construction traditionnelle, modeste, le plus souvent de plain-pied. Ces mazets, qui parsèment le paysage viticole et contribuent à son identité, offraient un abri bienvenu pour le vigneron, ses outils, son mulet, le temps d'un repas, d'une averse, voire d'une nuit.
Dans les villages, les maisons, blotties les unes contre les autres sur des parcelles très étroites, comportent généralement trois niveaux : le rez-de-chaussée, voûté, servait de local à tout faire selon les métiers et abritait souvent les animaux ; à l'étage, le logis se compose d'une pièce unique éclairée par une fenêtre sur rue, avec une cheminée à manteau de plâtre et un évier en pierre aménagé dans une niche. On entreposait fourrage et provisions dans le comble. L'accès se fait parfois par un escalier extérieur (maison à porche surélevé ou perron couvert). Les toits dont une génoise compense l'absence de gouttière sont en lauze dans le Haut-Languedoc et en tuiles romaines dans toute la partie méditerranéenne. La maison de vigneron présente des caractéristiques différentes avec notamment deux ouvertures au rez-de-chaussée, un large portail pour le passage des charrettes et dont le linteau arrondi facilitait l’installation des foudres de bois ; la généralisation des caves coopératives permettra ensuite de réinvestir le cellier en pièce à vivre ou en garage.
Oc vient du latin "hoc" qui signifie "cela" et exprime l’affirmative "c’est cela !". De ce terme est né le nom de la région du Languedoc, pays de langue d’Oc. C’est Dante, poète toscan du XIIIe siècle, qui le premier classe les différentes langues romanes en fonction de la façon de dire "oui" : langues d’Oil au nord de la France, langue d’Oc au sud, et langue de Si en Espagne et en Italie…
Apparu dès le XIIe siècle avec le mot "trobar" désignant l’art lyrique, le terme troubadour porte en lui-même la qualité qu’il doit posséder : trouver. Il doit en effet trouver les mots et la musique et c’est dans sa langue maternelle, la langue d’Oc, qu’il écrit. Contrairement à celle des poètes latins, l’inspiration du troubadour n’est plus religieuse : son sujet de prédilection est l’amour et son objet la Dame...
Les fêtes
Dès que les beaux jours reviennent les villages s’animent : brasucades, fêtes de village, fêtes votives (célébrant le Saint-Patron ou la Sainte Patronne du village), tout est prétexte pour se retrouver. Les bals de village l’été, programmés dans certains villages quatre nuits d’affilée, réunissent toutes les générations sur la piste de danse...
Toponymie
Même les noms de lieux sont issus de l’histoire. En effet, le suffixe an ou ac des noms de nombreux villages de la région est un vestige languedocien de la forme latine anum, acum, marque d’appropriation. Il indique souvent le nom du propriétaire d’un ancien domaine comme Assignan était le domaine d’Asinius. Le mot lès de Murviel-lès-Béziers, par exemple, est une préposition signifiant proche de, issue de la racine latine latus : à côté de. Le mot pech ou puech, que l’on entend souvent ici, représente un petit mont.